Ce qui suit s’inspire librement d’une Lettre Santé Nature Innovation de 2019… mais a pris le temps de se parfumer un peu avant de vous arriver.
En mars 2012, ARTE a lancé dans l’air un pavé de curiosité: Le jeûne, une nouvelle thérapie. Le documentaire a fait un tel remous que la chaîne l’a rediffusé l’année suivante, avant que son réalisateur, Thierry de Lestrade, ne transpose l’aventure dans un livre. Le sujet avait visiblement réveillé quelque chose dans l’esprit collectif, comme une intuition ancienne qui se souvenait soudain d’elle-même.
Car cette histoire remonte loin. Très loin. Quatrième siècle avant J.-C.: Hippocrate, l’aîné des médecins occidentaux, observait déjà que beaucoup de troubles naissent dans l’intestin et que l’alimentation peut être une véritable alliée thérapeutique. De l’autre côté du monde, les rishi, sages indiens et ancêtres de l’Ayurveda, cultivaient ces mêmes intuitions depuis des millénaires. Aujourd’hui encore, l’idée que la surcharge toxique, les déséquilibres digestifs et un transit paresseux puissent contribuer à divers troubles reste largement explorée par de nombreuses approches naturelles.
Au cœur de cette histoire trône notre microbiote, ce petit monde de minuscules cohabitants qui pèse, dit-on, presque autant qu’un cerveau… et influence notre humeur avec un enthousiasme parfois déroutant. Au fil d’une vie, nos intestins digèrent des montagnes de nourriture et des océans de liquides, parfois chargés de pesticides, de métaux lourds, de plastiques minuscules, de sucres trop pressés… et notre foie, ce chef d’orchestre stoïque, finit parfois par réclamer une pause pour souffler.

Lorsque les intestins s’encrassent, l’immunité peut se montrer capricieuse. On parle alors d’une plus grande fragilité face à certains troubles digestifs, inflammatoires ou métaboliques. Et puisque l’intestin est aussi un formidable producteur de sérotonine, l’équilibre émotionnel peut lui aussi s’en mêler.

Le jeûne, dans ce paysage, est souvent présenté comme une pratique intéressante. Non pas un remède universel, mais un moment où le système digestif peut se reposer pendant que l’organisme se consacre à d’autres tâches, notamment des processus naturels de nettoyage cellulaire étudiés depuis plusieurs années. Cela concerne l’autophagie, le métabolisme, la régulation inflammatoire, et d’autres pistes explorées par la recherche actuelle. Les effets varient d’une personne à l’autre, mais beaucoup décrivent un regain de clarté, de légèreté, d’énergie et une meilleure conscience de soi.
Certaines études suggèrent que le jeûne pourrait contribuer à l’amélioration de paramètres cardiovasculaires, métaboliques ou inflammatoires, ainsi qu’au rapport au sucre ou au poids. D’autres s’intéressent à son impact potentiel sur la sensibilité à l’insuline, sur les mécanismes hormonaux de l’humeur, ou encore sur la vitalité générale. Ce ne sont pas des baguettes magiques, mais des pistes prometteuses qui demandent, comme toujours en matière de santé, nuance, prudence et accompagnement adapté.
On raconte que des cliniciens comme le psychiatre russe Youri Nikolaïev se sont appuyés sur le jeûne pour accompagner diverses pathologies dans le cadre de protocoles médicaux supervisés. Plus récemment, les travaux de Valter Longo ont évoqué l’hypothèse que le jeûne pourrait protéger certaines cellules saines durant certains traitements. Rien de tout cela n’est une promesse, mais plutôt un champ de recherche qui continue de s’éclairer petit à petit.
Et si le jeûne intrigue autant, c’est peut-être parce qu’il ne s’adresse pas qu’au corps. Il agit aussi sur nos habitudes, sur nos compulsions, sur le rapport parfois brouillon que nous entretenons avec la nourriture, les écrans, les émotions, l’idée même de satiété. Il peut aider à voir plus clair, à sentir plus juste, à se rencontrer autrement. À remettre un peu d’ordre dans la grande symphonie intérieure.
Ce documentaire résume bien ce voyage, avec un petit clin d’œil historique.
P.S. Pas d’inquiétude… ce n’est absolument pas dans ce genre d’endroits austères que nous vous proposons de jeûner. Chez nous, on respire, on rit, on marche, on médite, on se découvre. Avec douceur, mais pas trop douce: juste assez pour réveiller la vie qui circule.

Laisser un commentaire