Charge mentale, qui dit mieux ?

pensées en pagaille

Votre cerveau a 47 onglets ouverts. Lequel joue de la musique ?

Charge mentale, interruptions et dispersion : pourquoi notre cerveau réclame des vacances.

La charge mentale, cela vous dit quelque chose ?

Quand avez-vous ressenti pour la dernière fois la sensation d’être aligné, centré, concentré, l’esprit clair et serein, avec une voie qui s’ouvre devant vous ?

Nous ne parlons pas de ces trois minutes volées entre deux rendez-vous, lorsque vous contemplez votre café, immobile, en cherchant à vous rappeler ce que vous aviez en tête quand vous l’avez préparé. Nous parlons de ce sentiment profond d’être présent(e) à ce que vous faites, sans que votre esprit parte en excursion toutes les dix secondes.

Dans nos vies tourbillonnantes, nous avons un talent remarquable : réussir à penser à tout, en même temps… Nous sommes les rois/reines du multitâche… sans parvenir à terminer grand-chose.

« Il faut »… gérer le travail, le travail complémentaire, les enfants, les parents vieillissants, les courses, les factures, les travaux dans la maison, les vacances à organiser, les messages auxquels nous n’avons pas répondu, l’amant, la maîtresse, le chien qui creuse des trous dans le jardin et cette notification qui vient de surgir pour nous annoncer que quelqu’un, quelque part, a publié une photographie de son déjeuner.

Notre cerveau se passerait bien de participer à cet encombrement.

Et pourtant, il participe. Du matin au soir. Il gère comme il peut.

Le coût des interruptions se cache dans les coulisses du cerveau

Une interruption a l’air de ne coûter que le temps – court – qu’elle nous prend. Deux minutes pour répondre à un message, cinq minutes pour un appel, dix minutes pour régler un problème urgent. Rien de préoccupant, n’est-ce pas ?

C’est là que nous sous-estimons la facture.

En 2009, la psychologue Sophie Leroy a étudié ce qui se produit lorsque nous passons d’une tâche à une autre. Elle a mis en évidence un phénomène qu’elle nomme attention residue, que nous pouvons traduire par « résidu attentionnel ».

Lorsque nous abandonnons une tâche avant de l’avoir achevée, une partie de notre attention reste accrochée à celle-ci. Nous pouvons avoir ouvert un nouveau document, mais notre esprit continue à ruminer le courriel laissé en suspens, la conversation qui nous inquiète ou la décision que nous n’avons pas encore prise.

Résultat : nous sommes physiquement devant la nouvelle tâche, mais une partie de nos ressources mentales est encore monopolisée ailleurs. Et cela s’en ressent non seulement sur nos performances, mais aussi sur la fatigue mentale et le stress.

Nous changeons de tâche plus vite que notre attention ne change de destination.

Référence : Sophie Leroy, 2009, « Why Is It So Hard to Do My Work? The Challenge of Attention Residue When Switching Between Work Tasks », Organizational Behavior and Human Decision Processes, 109(2), 168-181. https://doi.org/10.1016/j.obhdp.2009.04.002

À chaque interruption, le cerveau réorganise les pièces du puzzle

Imaginez que vous soyez en train de rédiger un texte. Vous avez construit votre raisonnement, structuré vos idées, gardé en mémoire la phrase que vous souhaitez écrire. Votre cerveau maintient tout cela en état de disponibilité.

Et voilà que le téléphone sonne.

Vous plongez sur le téléphone : « ça me changera les idées »… Votre interlocuteur vous pose trois questions. Vous devez réfléchir, retrouver une information, prendre une décision. Il vous fait part de quelques nouvelles, vous vous sentez touché par ses déboires. Puis vous raccrochez et revenez à votre texte.

Où en étiez-vous déjà ?

Il vous faut maintenant retrouver le fil, revenir dans l’ici et maintenant, réactiver votre objectif, récupérer les informations pertinentes et rétablir les règles mentales nécessaires à votre travail. Mettant la dernière conversation téléphonique de côté, votre cerveau s’efforce de reconstituer le contexte qui monopolisait votre attention juste avant.

Les chercheurs parlent de coût de reprise (resumption lag) pour désigner le délai nécessaire pour reprendre efficacement une activité après une interruption. Ce délai dépend de la nature de la tâche, de sa complexité et de ce qui s’est passé entre-temps.

Les travaux d’Altmann et Trafton, publiés en 2002, ont expliqué ce mécanisme par la mémoire des objectifs : lorsque nous sommes interrompus, l’objectif initial perd de son accessibilité. Plus l’interruption est longue ou exigeante, plus la reprise devient difficile.

Après chaque appel de la belle-mère mécontente, notification du groupe WhatsApp des copines en ribotte et autre surgissement d’enfant en pleurs dans notre bureau, notre cerveau réorganise ses ressources attentionnelles, réactive tant bien que mal les informations utiles et retrouve un état d’attention adéquat. Cette gymnastique cognitive répétée nous coûte de l’énergie.

Référence : Erik M. Altmann et J. Gregory Trafton, 2002, « Memory for Goals: An Activation-Based Model », Cognitive Science, 26(1), 39-83. https://doi.org/10.1207/s15516709cog2601_2

Mais voilà… le coût des interruptions ne se calcule pas seulement en temps passé à faire face aux sollicitations. Ce coût comprend aussi la gymnastique mentale permettant de revenir à ce que nous faisions, les erreurs éventuelles, les efforts de concentration et la fatigue liée à ces changements successifs. Un recâblage mental qui devient de plus en plus inconfortable au fur et à mesure que la journée avance.

À force de reconstituer notre puzzle mental, nous finissons par travailler toute la journée sans avancer à la hauteur de nos efforts et en laissant une liste kilométrique de tâches en suspens.

Nous travaillons plus vite, mais nous le payons (très) cher

En 2008, Gloria Mark et ses collègues ont publié une étude sur les effets des interruptions au travail. Leur résultat déconcerte : les participants parvenaient à accomplir leurs tâches interrompues plus rapidement, sans baisse observée de la qualité dans les conditions étudiées.

Victoire de la productivité ? Du tout, du tout…

Pour compenser les interruptions, les participants accéléraient leur rythme. Et de cette stratégie s’ensuivait une augmentation du stress, de la frustration, de la pression temporelle et de l’effort ressenti.

Autrement dit, nous pouvons réussir à maintenir notre niveau de performance en mobilisant davantage de ressources mais nous en sortons le cerveau à l’envers avec une furieuse envie de vacances.

C’est un peu comme conduire en appuyant sur l’accélérateur chaque fois que nous devons freiner. Nous arriverons peut-être à destination dans les temps, mais le voyage nous aura mis sur les rotules.

Référence : Gloria Mark, Daniela Gudith et Ulrich Klocke, 2008, « The Cost of Interrupted Work: More Speed and Stress », Proceedings of the SIGCHI Conference on Human Factors in Computing Systems, 107-110. https://doi.org/10.1145/1357054.1357072

Lorsque nous sommes embarqués dans ce yoyo, les sollicitations ne s’arrêtent pas. Pire : elles se répètent, s’accumulent, et nous peinons à nous concentrer. Nous passons notre temps à réorienter notre attention, à guetter les urgences, à mémoriser les tâches laissées de côté et à anticiper les prochaines demandes.

Heureusement, nous ne sommes pas (encore ?) au point de l’épuisement. Les études montrent que les interruptions ont des coûts cognitifs et émotionnels mesurables. Leur répétition, lorsqu’elle s’ajoute à une surcharge de travail et à une récupération insuffisante, contribue à rendre le quotidien épuisant.

Et pour compliquer l’histoire, les interruptions ne sont pas toujours le fait des autres. Nous nous interrompons aussi nous-mêmes. Une pensée en appelle une autre, nous vérifions l’emploi du temps dans le téléphone, répondons à un message de la veille, lançons une nouvelle recherche sur Chat GPT, cliquons sur une pub, puis nous nous souvenons qu’il est l’heure d’aller chercher le gamin à l’école.

Le petit vélo pédale frénétiquement, même lorsque nous sommes assis.

Mais où ranger ce vélo ?

Prenons notre courage à deux mains : nous pouvons nous réserver des plages de concentration, regrouper la rédaction de messages et de courriels à des moments choisis, désactiver les notifications non essentielles et tenter d’accomplir une tâche complexe à la fois. Une sieste de vingt minutes aura un effet salutaire sur la sensation de saturation.

Une autre stratégie concrète consiste à noter, à chaque interruption, ce que nous sommes en train de faire et où nous voulons en venir. Ce petit plan de reprise aide à retrouver le fil au retour tout en évitant la mobilisation massive de nos neurones en vue de la remise en route. Toutefois, si nous nous laissons emmener dans autre chose, ces notes risquent de rejoindre notre collection de listes et ne feront que contribuer à notre accablement. La régularité est la clé.

Le côté « challenge » de ces stratégies ne signifie pas qu’il faille les écarter d’office. Une revue systématique publiée en 2021, réunissant 33 expériences de laboratoire et 49 interventions, a conclu que des stratégies de réduction des effets des interruptions amélioraient la précision des tâches et diminuaient le délai de reprise.

Référence : Applied Ergonomics, 2021, « Effects of interventions to reduce the negative consequences of interruptions on task performance: A systematic review, meta-analysis, and narrative synthesis of laboratory studies ». https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34273814/

Ces stratégies, utiles sur la durée, ne répondent toutefois pas à une question plus profonde : quid lorsque la dispersion ne vient plus seulement de notre environnement, mais de notre façon de vivre ?

Lorsque nous sommes tellement conditionnés à répondre aux demandes que nous devenons incapables de reconnaître les nôtres ? Lorsque nous avons perdu tout contact avec nos priorités, nos envies, notre intuition et avec cette petite voix intérieure qui sait pourtant nous indiquer la bonne direction ?

Nous pouvons optimiser notre agenda pendant des années sans jamais prendre le temps de nous demander si nous voulons encore aller là où il nous conduit…

Et si nous garions ce fichu vélo ?

Il existe une expérience dont nous sous-estimons la portée : quitter, pendant quelques jours, le décor habituel de nos obligations.

Une semaine en dehors du quotidien. Une semaine qui ne soit pas consacrée à faire davantage, à apprendre une méthode de productivité supplémentaire ou à rentrer chez nous avec une nouvelle liste de bonnes résolutions.

Une semaine pour nous retrouver.

C’est ce qu’acacham propose à travers ses retraites : un lieu rayonnant et régénérant, un accompagnement pro, bienveillant et attentif, des activités inédites, décalées, bousculantes, qui nous invitent à sortir de nos automatismes et à regarder notre vie sous un angle complètement différent.

Lorsque nous nous éloignons du tourbillon du quotidien, nous découvrons un espace pour laisser décanter nos pensées, retrouver notre disponibilité intérieure et écouter ce qui compte vraiment pour nous.

La confusion se dissipe. La brume se lève. L’émotionnel s’apaise. Les préoccupations diminuent en intensité et se réorganisent. L’esprit retrouve sa clarté, une direction se dessine. Nous sommes prêts à repenser nos priorités et à faire les bons choix.

Nous ne revenons pas nécessairement avec toutes les réponses. Nous revenons avec une meilleure capacité à reconnaître les bonnes questions, à distinguer l’essentiel du bruit et à décider de ce que nous allons faire de notre vie.

Une prise de recul ne consiste pas uniquement à moins en faire. Il consiste aussi à libérer de l’espace pour créer à nouveau. Prendre le temps de respirer. Et se souvenir de la joie.

Cinq parkings pour poser le vélo en 2027

Nous venons d’ouvrir cinq dates de retraite pour 2027, avec des propositions pensées pour vous offrir une véritable bouffée d’air vivifiant.

Trois retraites se tiendront dans l’énergie de renouveau du printemps :

  • du 15 au 21 février 2027
  • du 15 au 21 mars 2027
  • du 19 au 25 avril 2027

Une autre retraite se déroulera autour du solstice d’été, ce passage lumineux où la nature atteint son apogée et nous invite à interroger notre propre élan. Ce sera la période des bains de fleurs, ne manquez pas cette belle expérience…

  • du 14 au 20 juin 2027

La retraite du début de l’été fera une place au silence. Le silence, un jour sur deux, non pas pensé comme une performance de plus à réussir, mais comme une invitation à ralentir complètement. Parfois, s’arrêter ne suffit pas à calmer l’ardeur du vélo. Le silence nous donne l’occasion d’en écouter le mouvement et d’en observer le rythme. Et les autres jours, nous vous proposerons de la danse, de la méditation, de la mise en mouvement, du ressourcement dans la nature. Dans cette proposition, nous garons le vélo devant un buisson de fleurs.

  • du 5 au 11 juillet 2027

Les cinq rendez-vous vous permettront de prendre du recul, de vous alléger, de retrouver votre énergie et de renouer avec ce qui vous anime v r a i m e n t.

Nous proposerons moins de retraites que les années précédentes. Si vous sentez qu’une pause s’impose, nous vous conseillons de réserver votre place dès maintenant.

Votre cerveau s’est assez démené pour gérer les urgences des autres. Il serait temps de lui offrir une semaine pour retrouver le nord… votre étoile intérieure.

Si, au retour, vous avez encore 47 onglets ouverts, vous saurez immédiatement lesquels vous allez fermer.

Et si la perspective du jeûne devait vous faire reculer, il est tout à fait possible de vous proposer une diète.

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